La Mandoline

La mandoline est un instrument en pleine renaissance.
mando1Né aux côtés du luth à la fin du XIIème sous le nom de guiterne l’instrument connaît une première heure de gloire au XIV en France et en Italie avec l’engouement de l’époque pour l’Ars Nova. Après une période d’éclipse, ce qui va devenir la mandoline revient sur le devant par l’Espagne sous le nom de « mandore » vers 1570 ; il s’agit d’un instrument de petite taille, facile de transport, qui en fait un instrument populaire. La Tablature de mandore de François de Chancy, publiée en 1629 et dédiée au duc de Richelieu, Premier ministre du roi Louis XIII, constitue le répertoire le plus raffiné de cet instrument.
mando2Dans le même temps, en Italie, la mandore est très utilisée et notamment lors du fastueux mariage de Ferdinand de Médicis avec Christine de Lorraine, à Florence. L’instrument prend peu à peu le nom de mandola ou mandolina. Des pièces sont composées dont les plus célèbres sont bien sûr les concertos de Vivaldi, mais cette mandoline fut employée aussi dans des airs d’opéra ou d’oratorio, en Italie et à Vienne, entre autres par Vivaldi, Bononcini et Ariosti.
mando3C’est vers 1750 que l’instrument subit la transformation de forme qui va conduire à la mandoline telle que nous la connaissons. Bien qu’utilisée dans toute la péninsule, ce sont les luthiers napolitains (notamment la famille Vinaccia) qui en font un instrument d’excellence que l’on qualifie depuis lors « mandoline napolitaine ».

Les musiciens italiens vont alors parcourir l’Europe en faisant apprécier leur virtuosité et en formant des élèves. Gabriele Leone est sans doute le plus connu. Après avoir séduit le public parisien avec de merveilleuses sonates, il est quelques temps imprésario du directeur de l’Opéra de Londres puis revient à Paris où il enseigne son instrument, en particulier au Duc de Chartres, le futur Philippe-Egalité, père du roi Louis-Philippe. C’est à lui qu’il dédie son incomparable Méthode raisonnée pour mandoline en 1768. Leone est sans doute celui qui porte au plus haut point la technique de la mandoline à cette époque. Il demande parfois de jouer deux notes différentes sur les deux cordes d’une même paire ; il faudra attendre la fin du vingtième siècle pour voir resurgir cette technique !

La pratique de la mandoline décline au moment de la Révolution Française et se replie vers de petits cercles d’instrumentistes à Florence. Pourtant dans le même temps la mandoline jouit d’une certaine faveur en Bohême, en Allemagne et à Vienne ou plusieurs partitions sont publiées. Les dictionnaires de musique ont surtout retenu les pièces de Beethoven pour mandoline et clavecin, composées à Prague pour une jeune élève en 1796, et le concerto (1799) et la sonate pour mandoline et piano de Hummel. On voit alors se développer des variantes de la mandoline dites « bréscianes » ou « crémonaises » mais qui n’arriveront pas à supplanter la mandoline « classique » napolitaine ou lombarde.

A partir de 1820 environ, la mandoline subit une éclipse presque totale en tant qu’instrument « cultivé ». Elle subsiste uniquement comme instrument populaire en Italie et il faudra attendre les années 1870 pour la voir fleurir à nouveau dans toute l’Europe.

En France, elle doit de ne pas avoir été totalement oubliée aux immigrés italiens venus travailler dans les mines du Nord et de l’Est de la France ; de petite taille et donc de transport facile, elle leur rappelait leur pays. Le même phénomène se constate dans la Ruhr et en Belgique.

C’est l’époque de l’explosion du nombre des pratiquants qui se comptent alors par millions ; on dénombre pas moins de 30 orchestres de mandolines dans la région parisienne au début du XXème. C’est à cette époque que l’on oublie les grandes œuvres classiques, jugées trop élitistes pour développer un répertoire de détente et folklorique.

Mais le déferlement de la musique américaine à la Libération enterre les orchestres de mandoline. Il faut attendre l’engouement pour la musique baroque et les efforts d’une jeune génération – à laquelle appartient Sabine Marzé – pour voir renaître une pratique de concert de l’instrument et la remise au goût du jour du « grand répertoire ».

Ce mouvement en Europe, se nourrit des apports mélodiques des musiciens sud-américains, de la virtuosité et du goût pour la « grande musique » des instrumentistes japonais et coréens, de la culture traditionnelle des slaves pour les instruments à plectre et bien sûr de la créativité des mandolinistes américains ; on peut également noter les contributions originales des musiciens du Maghreb.

Un peu comme ce qu’a connu la guitare classique dans les années 1950, la mandoline revendique désormais sa place au nombre des instruments « nobles ». Les compositeurs écrivent des œuvres propres d’exceptionnelle qualité et font des transcriptions qui contribuent pleinement à sa reconnaissance et au nouvel engouement que l’on constate aujourd’hui pour la mandoline.

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